Violences conjugales : dysfonctionnement ou défaillance structurelle de notre système ?

, par Aline Beilin

La parole libérée (notamment via le #doublepeine) met en évidence que les dysfonctionnements que peuvent rencontrer les victimes à partir du dépot de plainte, relèvent de problèmes structurels, non résolus.
Retour, à partir d’une tribune de la militante féministe C.de Haas publiée dans le Monde le 5 février 2022, sur la question du recueil de la plainte par les services de police.

Les femmes qui déposent plainte pour violences conjugales sont parfois — et trop souvent — mal accueillies par les services de police ou de gendarmerie. Une double peine, en somme.

Le rapport de la Mission sur les violences conjugales publié par le Ministère de la justice en 2019, dans 80 % des cas de féminicides, lorsque les femmes avaient porté plainte, leurs plaintes avaient été classées sans suite.

Ce même rapport contient des statistiques intéressantes mais inquiétantes :

  1. 15% des auteurs avaient déjà été condamnés pour violences conjugales dont 77 % pour des faits commis sur la même victime.
  2. Dans un cas sur deux, l’auteur a récidivé dans les trois ans de la condamnation antérieure sous la forme d’un homicide ou d’une tentative d’homicide sur la même victime.
  3. le rapport met en évidence les facteurs de risque , dont le premier est "d’être une femme
    - Etre une femme
    - Les antécédents de violences et a fortiori de violences conjugales de l‘auteur
    - L’alcoolisme et la dépendance aux produits stupéfiants de l’auteur et/ou
    de la victime
    - L’inactivité de l’auteur et/ou de la victime
    - La séparation du couple et l’annonce de celle-ci ; - L’isolement social ou familial de la victime ou du couple
    - La jalousie et le sentiment de possession qui en découle ;
    - Les maladies psychiatriques, les fragilités psychologiques et les pathologies
    neurologiques de l’auteur ou de la victime

Sur le role des réseaux sociaux

lire aussi cette analyse publiée sur le site féministe Les hystériques ici

Verbatim de femmes ayant déposé plainte dans des conditions indignes :
« Je tremblais de partout, je reconnais que mon discours n’était pas toujours très audible, mais la policière en face de moi a été ignoble. Elle n’arrêtait pas de soupirer, de me dire “Vous pouvez vous calmer ? Pourquoi vous êtes dans cet état, il n’est pas dans la pièce”. » (extrait de l’article intitulé « J’avais l’impression d’être face à un robot » : le difficile dialogue entre victimes de violences sexuelles et forces de l’ordre", publié dans le Monde le 20 octobre 2021)

« Une femme victime de viol m’a rapporté le propos d’une policière, à Paris, en décembre 2021, lors d’un dépôt de plainte : « Vous savez que vous allez briser sa vie ? » (extrait de la tribune de C.de Haas dans leMonde du 5 février 2022)

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